
Le I Jing (Yi King) est un art divinatoire chinois très ancien qui tient son nom du classique qui lui est dédié : le I Jing, littéralement livre des transformations. Ce pillier de la culture chinoise depuis plusieurs millénaires a inspiré les savants et les érudits de tous les domaines de la société, de l’art de gouverner à l’étude des sciences naturelles en passant par la médecine et la pharmacopée.
Le i jing est généralement présenté en occident sous sa forme confucéenne, on connaît à travers les ouvrages couramment disponibles les jugements et commentaires attribués à Confucius. On connaît moins en revanche l’approche taoïste, alors qu’elle est très couramment pratiquée par les Chinois et qu’il existe d’innombrables histoires de divination décrivant avec force détails et précisions les circonstances d’un tirage.
L’objectif du yi king est de prédire. Mais qu’est ce que prédire ? En occident, en dehors des sciences dures telles que la physique, prédiction est associée à magie. On y voit un acte irrationnel parce que le modèle à partir duquel nous percevons généralement le monde n’autorise pas cette approche où passé, présent et futur, espace et temps sont totalement liés.
Le caractère chinois suan 算 signifie calculer, prédire, abaque, probabilité. La prédiction est donc affaire de calcul et non d’intuition ou de médiumnité. Prédire revient à relier une situation actuelle à une situation future ou, en d’autres termes, à indiquer comment une situation peut évoluer selon toute probabilité.
Il existe de nombreuses variantes d’utilisation et de mise en oeuvre du i jing, de même que de nombreux usages. Les questions peuvent concerner aussi bien le domaine matériel que celui de la psyché ou de la spiritualité. Nous verrons dans les prochaines newsletters des exemples réels de prédictions effectuées à l’aide du i jing. Elles touchent des registres très différents mais sont toutes construites sur un même socle : on utilise toujours un hexagramme pour considérer une question.
Un hexagramme est un ensemble de traits, appelés yaos, qui peuvent être yin ou yang. Un trait yang est plein, un trait yin est brisé. Trois yaos forment un trigramme, six yaos un hexagramme. Dans la construction de l’hexagramme peuvent apparaître des yaos dits mutants, qui sont une des clefs d’interprétation de la transformation. En effet, passant de yin à yang ou de yang à yin, ces yaos vont donner à voir une situation différente, la mutation des éléments de la situation d’origine. Avant mutation l’hexagramme décrit la situation actuelle correspondant à la question, après mutation la situation finale apparaît. Suivant les approches, on peut considérer l’hexagramme comme un tout, ou les yaos séparemment, ou encore examiner les trigrammes qui le composent. En considérant uniquement des groupes de 3 traits, il y a ainsi 4 trigrammes possibles.
Dans l’approche confucéenne, très répandue depuis les premières traductions dont celle de Richard Wilhelm en 1924, l’interprétation de l’hexagramme et de ses mutations est déjà faite. Bien sûr, cette interprétation ne correspond pas directement à la question posée, mais plutôt à des archétypes de situations. Il faut donc transposer cette interprétation à la situation du consultant, ce qui n’est pas chose facile. L’avantage indéniable de la méthode réside dans le fait de disposer d’un guide sans lequel le néophyte serait vite perdu. Cette approche confucéenne est de loin la plus répandue et elle présente un autre avantage : elle ne requiert aucune connaissance des trigrammes, des hexagrammes, des 5 éléments, de la dynamique du yin et du yang, … Elle est donc accessible à un large public. Par ailleurs, elle permet d’accéder à une autre dimension du Yi King, qui est également un livre de sagesse, révélant les lois du Tao.
L’approche taoïste est beaucoup plus technique … et variée et la détailler serait hors de portée de cet article. Dans la technique de la Fleur de Prunier, le consultant s’appuie notamment sur les 4 trigrammes contenus dans l’hexagramme de départ. Dans la technique du Ba Gua du Roi Wen, chaque yao est interprété spécifiquement. Les trigrammes sont eux mêmes la description d’une dynamique du yin et du yang et sont associés aux 5 éléments. Le temps est une composante importante de l’analyse, il peut par exemple être utilisé pour construire l’hexagramme en prenant en compte le moment où la question est posée ou servir de base pour l’analyse des yaos. Dans l’approche taoïste donc, point de guide de lecture pour aider à l’analyse. En contrepartie, l’analyse peut être menée au plus près du sujet et pénétrer un niveau de détail bien supérieur, tant dans la description de la situation présente que de son évolution.
Dans le prochain post : comment un objet perdu a été retrouvé grâce au i jing