Régulièrement, nous sommes sollicités par des personnes qui sont à la recherche d’un logement, d’un local professionnel, d’une maison, d’un terrain. Une question revient toujours dans la conversation : existe-t-il des critères simples qu’un non-initié peut prendre en compte pour opérer un premier tri dans les biens qu’il visite avant de faire déplacer un professionnel de feng shui ?
C’est le genre de question à laquelle un expert a du mal à répondre : spontanément lui viennent à l’esprit un grand nombre de paramètres, tous essentiels et susceptibles de pondérer le diagnostic. Sans simplifier de manière outrancière, n’existe-t-il pourtant pas quelques points qui attirent spontanément l’œil et nous renseignent à coup sûr ? Nous en avons relevé quelques uns que nous vous présenterons dans une série d’articles à partir de ce numéro.
Ces critères se révèleront également utiles pour ceux qui réfléchissent à leur habitation actuelle ou qui, curieux des endroits qu’ils traversent, s’interrogent sur la manière dont notre environnement influence notre vie. Nous en profiterons pour questionner un certain nombre d’idées reçues et s’interroger sur leur pertinence.
L’environnement, l’environnement, l’environnement !
L’environnement extérieur est considéré comme déterminant en feng shui traditionnel pour une raison simple : il renseigne sur la qualité du qi présent dans le quartier ou la zone dans laquelle se trouve le site (bâtiment ou terrain) observé.
Bien entendu, à travers les outils élaborés du san he le feng shui nous offre les moyens d’un diagnostic complet, technique, détaillé des différents aspects de l’environnement. On prendra en compte les différents flux (routes, passages, chemins, espaces entre deux bâtiments, …), leur origine, leur nature (vitesse, profondeur), leur position relativement au site, leur sens de circulation, leur variation dans la journée ou au fil des saisons. On s’intéressera de la même manière aux montagnes ou aux bâtiments proches ou lointains – tous aspects significatifs mais somme toute peu accessibles à un non-initié qui ne saurait ni ce qu’il faut vraiment regarder ni que faire de l’information.
En revanche, il est des éléments plus aisés à saisir.
Le site doit être alimenté en qi
Il faut donc qu’il ne soit pas trop éloigné d’une source de qi. Concrètement, un bâtiment placé au bord d’une rue accède au qi de manière naturelle, encore faut-il bien entendu qu’il ait de ce côté-là des points d’accès (portes ou fenêtres). L’ouverture de la rue, le passage, l’activité sont autant de sources de qi dont le bâtiment va se nourrir.
A contrario, un bâtiment placé au fond d’une ruelle étroite et encaissée reçoit peu de qi. On compare d’ailleurs ces structures aux figures des preta, ces êtres du panthéon bouddhiste condamnés à souffrir d’une faim constante et impossible à rassasier parfois parce que leur bouche est trop étroite pour nourrir un corps du coup trop grand. Dans cette configuration, le bâtiment se trouve trop loin de toute source de qi pour régénérer régulièrement les lieux. Le qi à l’intérieur du bâtiment devient donc stagnant, il perd progressivement de ses qualités vitales. Seule l’activité des résidents permet un mouvement de fond, mais cette seule animation n’est pas suffisante à animer un espace efficacement et durablement. Le lieu résonne alors d’une énergie faible et peu nourricière pour les résidents.
Le bâtiment doit se nourrir à une source de qi de bonne qalité
C’est à dire dynamique sans excès et d’un volume proportionné au site. Un site situé en bordure d’autoroute ou de voie ferrée par exemple est constamment soumis à des flux très puissants qui exercent une pression forte sur le bâtiment. Leur impact sur les résidents varie en fonction de critères divers selon qu’il s’agit d’un lieu de travail ou d’habitation.
En milieu naturel, on assimilerait à une autoroute un fleuve ou une grosse rivière au courant fort. Les côtes maritimes très ventées n’offrent quant à elles que peu de répit aux populations et il n’est pas rare de voir des sites remarquables désertés ou peu habités. L’inconfort que créent des vents réguliers se double en effet d’une grande pauvreté en qi car les qi sont constamment balayés et ne parviennent pas à sédimenter suffisamment pour permettre un développement vital. On note le même phénomène pour les sites construits au sommet de collines, de montagne.
C’est ce facteur qui a conduit à énoncer la règle de la « tortue noire » : un bâtiment doit être protégé à l’arrière par une pente remontante ou un autre bâtiment – tout obstacle qui freine les flux sur cette partie. Bien entendu, hors situations extrêmes, cette règle souffre des exceptions et exige des nuances.
Eviter les espaces yin
Dans le même ordre d’idée, mais à l’extrême opposé, on évite les sites situés à proximité des lieux très yin : édifices religieux majeurs, cimetières, casses, ruines, abattoirs, … Ces espaces sont peu actifs, en tout cas au regard de leur volume, ils tendent donc à absorber le qi ambiant dont nous avons besoin pour vivre et nous mouvoir.
J’ai décrit ici des configurations caractéristiques de l’environnement urbain plutôt qu’en environnement naturel parce qu’un grand nombre d’entre nous y vivent, mais les mécanismes décrits s’appliquent bien entendu de la même manière en milieu naturel.
Dans le prochain numéro du Journal du feng shui, nous couvrirons les points relatifs au bâtiment lui-même.
